L’enfant intérieur

Durant le stage avec Myriam Beaugendre, j’ai eu la chance d’approcher de très près un être cher. Ce bébé, âgé de quelques semaines, cette petite que j’ai été. Je l’avais identifié avant cette première expérience avec les plantes sacrées, j’en avais déjà dessiné les contours. J’avais compris mentalement qu’à quelques semaines de vie, j’avais été quelque peu malmenée, ma mère m’ayant raconté cette hospitalisation de trois semaines, trois semaines après ma naissance. Mentalement, seulement.

Grâce à cette sensibilité à fleur de peau qu’offre la médecine et à ces passages ouverts sur le mystère, c’est comme si je l’avais retrouvé. Entre deux cérémonies, durant un tour de paroles, elle a émergée. Elle a fait son apparition dans mon champs de conscience. C’était le moment pour se montrer, pour que l’adulte puisse la câliner, l’aimer, et lui apporter la douceur dont elle a sans doute manqué. Ce jour là, j’ai fait ce dessin, que j’ai coloré aujourd’hui. Et alors que je dessinais, je prenais soin d’elle, je la couvrais d’amour. Je n’ai pas réfléchi mentalement à la composition, j’ai d’abord dessiné la petite. Puis la bouche de la grande est venue se poser dans son dos. Exactement à l’endroit de ma scoliose, je l’ai compris après. Là où se concentrent les tensions, blocages, torsions, inflammations. Le crayon et la gomme agissaient avec douceur sur les corps, prenant tout le temps nécessaire pour établir ce contact, ce peau à peau si fondamental avec un nouveau né.

Aujourd’hui, plus que jamais, je crois en la possibilité qu’offre le dessin de nous transformer, de nous aider à panser nos blessures, d’équilibrer, d’harmoniser. La difficulté est d’accéder à ces parts blessées tapies dans nos ombres les plus denses. Refoulées, elles ne se laissent pas facilement approcher. Chamans et plantes sacrées nous font la grâce d’ouvrir des passages vers nos mondes intérieurs, nos oublis, nos cris silencieux. A chacun ensuite d’en prendre soin à sa manière. Cependant, il existe certainement autant de voies d’accès que d’êtres humain. A chacun de se laisser guider, en tendant l’oreille intérieure, la seule, la vraie.

EnfantInterieur

Illustration Nadège Lelièvre • 2018 • Tous droits réservés

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